« La foi est une certitude sans preuve » Pascal
Introduction
Pour Pascal (1623-1662), la foi relève effectivement du sentiment, mais il s’agit d’un sentiment radicalement différent des passions et désirs qui aveuglent l’être humain. La foi est le fruit d’une faculté spécifique, supérieure à la raison, à savoir le cœur. La foi n’est pas en-deçà mais au-delà de la raison : elle nous donne accès à ce qui dépasse la raison. Pascal propose ainsi une hiérarchie des facultés, il distingue trois ordres incommensurables les uns aux autres (= sans commune mesure, absolument distincts) : l’ordre du corps : c’est l’ordre le plus bas, infra-rationnel (= inférieur à la raison). Pascal l’associe à l’imagination (faculté liée à la sensibilité, donc au corps).
L’imagination est négative, car subjective et irrationnelle : elle est indépendante de la raison et nourrit fantasmes, passions, désirs. L’imagination est maîtresse d’erreurs : elle entrave le raisonnement, l’exercice lucide de la raison. Nombre de maux sont le fruit de l’imagination : si l’on est jaloux, en colère, malheureux, c’est en raison de ce que l’on imagine, des fantasmes que l’on projette sur le monde (j’imagine ce que les autres pensent de moi notamment). Tous nos désirs naissent de l’imagination (on s’imagine que telle ou telle chose est un bien pour nous, on l’idéalise, on ressent du manque).
L’ordre de la raison (qui est spécifiquement humain, contrairement à l’ordre du corps, commun aux hommes et aux animaux) : la raison est la faculté qui permet de tendre vers l’objectivité, d’accéder à une connaissance objective du réel. L’ordre du cœur. C’est un ordre supérieur à celui de la raison : une sorte de « sur-raison » qui nous rattache à Dieu. L’origine de la foi est donc supra-rationnelle (= supérieure à la raison).
Nous sommes reliés à Dieu
Alors que la raison connaît, le cœur aime. Dieu n’est pas objet de connaissance mais d’amour. Il s’agit évidemment d’un amour sublimé, qui n’est plus tourné vers le corps, mais vers le divin. Cet amour n’est pas le fruit d’un quelconque raisonnement (l’amour ne naît pas d’une démonstration, on ne peut pas prouver qu’on doit être aimé !) : il est un effet de la grâce de Dieu. « Voilà ce que c’est que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison » (Pensées).
La foi est une certitude venue du cœur, qui se fonde sur l’amour : je ne connais pas Dieu, mais je l’aime, je sens en mon cœur qu’il existe. La foi est un acte d’amour et de confiance qui ne saurait relever de la raison, qui excède toute raison. Dans ce domaine, selon Pascal, la raison doit reconnaître ses limites : elle sera sage quand elle sera capable d’avouer son insuffisance, forte quand elle reconnaîtra sa faiblesse. En anglais, on parle de « leap of faith » pour désigner un acte de foi, de confiance : la foi a toujours quelque chose d’un saut (leap) dans le vide. Avoir foi (en Dieu ou en quelqu’un), c’est se confier à lui sans preuve.
Aimer, c’est se risquer : se remettre entièrement à l’autre hors de toute garantie rationnelle. Pascal dénonce la vanité de tout projet de démonstration rationnelle de l’existence de Dieu. Il ne renie pas la raison, mais l’humilie, la rabaisse, c’est-à-dire la soumet à un ordre plus haut, celui du cœur, faculté qui nous connecte à Dieu.
Conclusion
« La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la surpassent ; elle n’est que faible, si elle ne va pas jusqu’à reconnaître cela » (Pensées, article IV, Des moyens de croire). « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » : la foi est l’attitude du cœur, faculté imperméable aux arguments et au raisonnement.
La raison porte sur l’immanence (= le champ de l’expérience sensible), l’amour conduit à la transcendance (Dieu, ce qui est extérieur au champ de l’expérience). La raison me permet de connaître le visible, l’amour me porte vers l’invisible.
Comme il l’écrit :
« Le cœur à ses raisons que la raison ne connaît point. »